Mais au fait, c’est quoi la mode ?

Qu'est ce que la mode éthique se demandait cro-magnon

Parler de mode éthique, c’est avant tout parler de mode. Et pour parler de mode, il faut savoir de quoi on parle : c’est quoi la mode ? A quoi ça sert ? Quelle est l’histoire de la mode ? Qui décide de ce qui est à la mode ? Est-ce que j’ai trop d’habits ?

En 2017, mes parents ont déménagé. Encore. J’ai 24 ans, et c’est le 10ème déménagement que je fais avec eux – ne sortez pas les violons, ça va je m’en suis remise (enfin je crois ?).

Un peu de contexte.

Je déménage toujours avec eux parce qu’avec les études, entre les stages et l’échange universitaire, j’ai habité dans 7 endroits différents, pas toujours en France. Et bien que j’aime beaucoup mes 300 bouquins, mon piano, mes innombrables objets de décoration et ma collection de billes (j’étais la reine de la récré), quand on déménage environ tous les six mois on apprend à se contenter de l’indispensable.

Qui est en général (ok, qui est dans MON cas) déjà conséquent.

Et le reste est resté bien au chaud chez papa-maman, qui l’ont eux-mêmes trimballé de déménagement en déménagement (youpi ils étaient contents).

Pour des raisons financières (oui lancer une boîte ça coûte cher – là vous pouvez sortir les violons), je n’ai plus d’appart et je navigue entre chez eux à Voiron city, chez mon chéri à Munich et chez les potos à Paris.

Et, face à mes responsabilités d’avoir un seul et unique endroit pour stocker mes fringues, j’ai enfin pris conscience de l’étendue du problème. Mon placard est plein à craquer. Littéralement. (Là vous pouvez ranger les violons).

Alors certes, en 10 déménagements, j’ai donné ou recyclé énormément de vêtements.

Mais c’est ça qui est encore plus triste : à chaque déménagement je fais un tri que j’estime drastique dans mon placard, notamment pour virer les « il y a encore le prix dessus », les « au cas où je perds 10 kg, 3 côtes et que je scie mon bassin » et les « ça reviendra à la mode c’est sûr ».

C’est vraiment ça, la mode ?

Et pourtant, le fait est là, j’ai quand même de quoi m’habiller au moins 3 mois sans faire une seule lessive (je ne suis même pas sûre d’exagérer, ça me donne presque envie d’essayer). Il est loin, le temps des hommes préhistoriques où l’on a commencé à s’habiller par nécessité.

c'est quoi la mode ?

Swaggy swaggy tout ça

Paradoxalement, lorsque j’ai passé un semestre au Togo, un semestre aux Maldives et un semestre au Canada pendant mes études (oui j’ai chopé des stages de rêve, mp pour les conseils), je suis clairement partie avec une seule valise et les 23 kg maximum autorisés dans l’avion.

Et j’ai très bien survécu.

Certes, j’avais parfois quelques regrets et j’ai parfois acheté quelques compléments sur place, mais rien qui ne m’ait jamais chiffonnée plus de deux secondes et demi (allez peut-être trois).

Et là, en passant des heures à emballer puis déballer tous ces vêtements, sacs et chaussures, j’ai eu le temps de cogiter.

Comment est-ce que j’ai pu accumuler autant de choses ?

Pourquoi est-ce que je peux me contenter d’une valise pendant six mois mais une fois à la maison j’ai tant de mal à faire du tri ?

Et surtout, pourquoi, sachant que j’avais déjà beaucoup plus que le nécessaire, j’ai toujours été si heureuse de m’acheter une nouvelle pièce ?

J’ai quelques éléments de réponse.

Raison #1 : Chaque vêtement correspond à une situation bien appropriée

Tout d’abord, il est évident qu’à moins d’habiter à Singapour ou au Groenland, les changements de saisons imposent plusieurs catégories d’habits différents : les pulls en hiver, les manches courtes en été, et les entre deux pour les saisons intermédiaires.

Et au-delà des saisons, il y a des occasions particulières : ça je vais le mettre au boulot (ok je travaille actuellement dans mon salon mais mon chat a le droit à du respect dans mes choix vestimentaires), ça c’est pour chiller, ça c’est pour une soirée super-méga chic, ça c’est pour… bref vous m’avez comprise.

Même si on peut évidemment faire des combinaisons entre les styles et se prélasser en robe longue (chacun sa tenue détente hein, on ne juge pas), il me paraît plutôt normal d’avoir des tenues qui correspondent à différents contextes.

Que diriez-vous si une personne se pointait à un mariage en jogging troué ? Comme dans toutes les sociétés, il y a certains codes à respecter.

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On a tou.te.s une pote qui débarque comme ça
quand tu lui dis « viens tranquille je suis en pyjama »

Au-delà de ces codes qui paraissent normaux, les films et séries nous habituent à une abondance de tenues pour les personnages et à l’idée qu’ une situation précise exige une tenue précise.

Parfois, toute une facette de la personnalité de certains personnages est entièrement façonnée autour de leur placard, de manière à nous faire rêver devant tant de choix et de bon goût.

Qui se souvient du placard de Gabrielle Solis dans Desperate Housewives ? Quelqu’un l’a déjà vue porter deux fois la même tenue ? Perso ça me faisait rêver quand j’étais gamine : petit à petit, combiné à d’autres facteurs bien sûr, ça m’a mis dans la tête que l’abondance c’était bien.

Ma vision du dressing de rêve quand j’avais 15 ans

Raison #2 : Il faut « être à la mode »

On a beau dire ce qu’on veut, que chacun s’habille comme il ou elle veut et qu’il ne faut pas juger, je crois qu’il y a un moment où personne ne s’est habillé totalement comme il ou elle le voulait et a plutôt appliqué (ou tenté de le faire) à la lettre les diktats de la mode du moment : le collège.

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Ça vous rappelle de bons souvenirs ?

Au collège, il y a les populaires qui dictent les règles. Et il y a les autres.

Et à cet âge, la différence ne pardonne pas. J’ai personnellement été harcelée de la 6ème à la 4ème, à base de « t’as pas de Longchamp » et de « ton pantalon est trop pattes d’éléphant pour que tu manges avec nous » (oui ça volait très haut, mais à l’époque pour moi c’était un drame absolu).

Le message était clair : pour t’intégrer il faut que tu t’habilles comme nous. On a décidé pour toi ce qui était cool, soit tu l’appliques soit tu en subis les conséquences.

Cela a donné des scènes à répétition, où je tannais mes parents pour avoir (au choix selon le semestre) un Eastpack, des Converse, des Vans, des Asics, etc.

Et puis bien sûr, dès que la mode changeait, il me fallait un temps nécessaire pour tenter de les convaincre que « oui j’ai besoin de cette 4ème paire de chaussures » (le plus souvent d’ailleurs, ils n’étaient pas convaincus).

J’avais donc toujours un temps de retard, et il fallait toujours tout recommencer quelques semaines après, ce qui n’aidait pas vraiment à légitimer mes demandes (et d’ailleurs aujourd’hui, je suis bien contente qu’ils aient dit non à beaucoup de choses).

Je pense que cette période inculque aux gens un certain rapport à la mode et aux marques : pour montrer qu’on est « comme tout le monde », qu’on fait partie du groupe, on se met à acheter les mêmes choses que tout le monde.

La mode est un véritable marqueur social : dès la préhistoire, les individus se mettent à inclure des éléments purement esthétiques dans leurs tenues : des coutures, des accessoires, des bijoux, qui deviennent un plaisir visuel plutôt qu’une nécessité. Ces nouvelles parures sont utilisées pour symboliser l’appartenance à une famille ou un clan donné.

c'est quoi la mode

« J’ai sorti mon attirail séduction »

Même mécanisme au Moyen-Âge : les aristocrates, hommes comme femmes, raffolent d’étoffes chatoyantes, se maquillent, se parfument, dans le souci de se distinguer des classes inférieures. Chaque catégorie sociale développe ses propres codes : les chevaliers arborent des armures, le clergé est revêtu de bures (robes de laine rêches) et leur couleur ou leur absence de teinture marque l’appartenance à un ordre, tandis que les paysans n’ont pas le luxe de choisir.

A l’époque moderne, l’enjeu est clairement de passer dans la catégorie supérieure. Par mimétisme social, les classes inférieures essayent de s’intégrer au groupe supérieur en tentant d’en maîtriser les codes.

Cela donne parfois des situations cocasses, comme l’illustre Le Bourgeois gentilhomme de Molière (coucou ma prof de Français de 4ème).

Parce qu’on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais il représente la première impression que quelqu’un se fait de nous : il est donc très important de montrer que l’on maîtrise les codes associés au groupe que l’on tente de pénétrer. Groupe qui, se voyant copié, change aussitôt de mode afin toujours garder un temps d’avance sur les autres qui doivent sans cesse s’adapter à ces changements.

Le renouvellement des collections à un rythme de plus en plus effréné est à la fois cause et effet de ces mécanismes.

Les effets combinés de la révolution industrielle, la révolution des transports et la mondialisation ont rendu la production plus massive, plus standardisée, et à des prix plus abordables. Il devient alors facile de renouveler intégralement sa garde-robe d’une saison à l’autre, quel que soit son budget.

Raison #3 : Chaque vêtement a une histoire unique

Malgré les apparences (haha) je suis très sentimentale et très attachée aux souvenirs.

Quand je regarde mon placard, je vois la robe bustier que j’ai portée à mon bal de promo ; les chaussures à talon que j’ai achetées à la fin de mes concours de prépa ; la veste de tailleur rouge que j’ai mise à l’entretien qui m’a fait décrocher un stage ; et la liste est longue.

Comme je suis assez soigneuse, que j’aime acheter de la bonne qualité et que dès que possible je rafistole mes affaires, j’ai toujours des pièces parfaitement mettables, parfois même au bout de 6-7 ans.

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Mes plus grands alliés

Pourtant, lorsqu’on y réfléchit, est-ce qu’on peut vraiment dire qu’un habit est « unique » alors qu’il a été fabriqué dans des milliers d’exemplaires ? (non je ne fais pas partie des gens qui s’habillent uniquement avec du sur-mesure, déso pas déso).

Je crois qu’il est plus juste de dire qu’un vêtement nous fait nous sentir unique : dans une société où nous sommes sans cesse catégorisés, sans cesse répartis dans des groupes, sans cesse étiquetés, une recherche d’individualité se développe.

Or, quoi de plus efficace que la mode pour revendiquer une différence ?

Cette différence qu’il nous était si cher d’effacer quelques années auparavant devient la clé de notre bonheur. Parce qu’une fois qu’on a intégré le groupe, qu’on a été catégorisé, on se rend compte qu’on a envie de montrer plus que ça, qu’on a envie de faire connaître d’autres facettes de sa personnalité.

C’est exactement ce que la mode permet de faire. Sans même avoir à ouvrir la bouche, on arrive à transmettre ce qu’on veut à son entourage, en usant des us et coutumes associés à telle couleur ou telle coupe. Lorsqu’on maîtrise ces codes, on peut insister sur une caractéristique particulière, ou au contraire adoucir certains aspects de sa personnalité.

Et il est là le bonheur lié aux achats : c’est la possibilité de revendiquer sa différence, de se donner un style, tout en répondant aux codes du groupe pour, tout de même, faire partie de la communauté.

Mais ça m’a pris du temps de comprendre qu’on pouvait choisir sa communauté. Et dans mon cas, je le clame haut et fort aujourd’hui, j’ai choisi la mode éthique. Pour exprimer mes valeurs tous les jours.

Et vous, c’est quoi votre rapport à votre placard ? Dites-le nous en commentaire !

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