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Ecclo, la marque qui fabrique des vêtements à partir de rouleaux inutilisés !

Ecrit par 18 mars 2019 avril 16th, 2019 Aucun commentaire

Cette semaine, on vous présente Rémy Renard, le fondateur de la marque Ecclo ! Actuellement en campagne de crowdfunding sur Ulule 🙂

Justine : Bonjour Rémy ! Peux-tu nous présenter Ecclo ?

Rémy : Ecclo est une marque inscrite dans une démarche de développement durable. C’est à dire qu’avant de penser à fabriquer nos vêtements, nous réfléchissons en amont à l’impact de toutes nos actions et de tous nos achats.

L’idée est d’avoir un minimum d’impact que ce soit sur l’environnement, comme sur les êtres humains, les deux points noirs de l’industrie textile.

Durant les premiers mois, on ne savait pas comment on allait faire pour fabriquer nos vêtements de façon éthique et honnête.

On s’est posé la question du coton bio, qui pour nous n’était pas une solution, même à court terme.

Certains vont dire que le coton bio est moins gourmand en eau, mais quand on va chercher un peu plus loin, des études montrent qu’il faut beaucoup plus d’eau pour sa culture dans certains cas, car les régions dans lesquelles pousse une partie du coton bio ne sont pas des régions avec un fort taux de précipitations à l’année.

Donc pour faire pousser ce coton, on arrose encore plus que dans des régions adaptées à sa culture (régions des moussons par exemple).

Nous avons aussi réfléchi au lin et au chanvre puisque la France est l’un des premiers pays producteurs au monde , mais il manque à l’heure actuelle un élément indispensable pour boucler la boucle de l’économie locale : la filature qui ne peut pas être faite sur notre territoire.

Au delà de ça, nous nous sommes rendus compte que même si la matière première était biologique ou locale, les étapes d’après, comme la filature, la teinture, le tissage ou l’ennoblissement nécessitaient l’utilisation de nombreux produits chimiques.

A la suite de ces recherches, en parcourant la France pour rencontrer les acteurs de l’industrie textile, nous nous sommes aperçus d’une chose. Des milliers de rouleaux de tissu étaient inexploités.

Les raisons sont variées : Surproduction, défaut de tissage, de teinture, rendu non satisfaisant pour la marque qui l’a faite produire, invendus…

Quand nous avons vu ça, la solution était toute trouvée : il fallait se servir de cette ressource, plutôt qu’aller créer de la nouvelle matière.

Car même si l’on décide de créer un tissu localement et de la façon la plus écologique, l’empreinte environnementale du produit sera toujours plus importante que de se servir de l’existant. L’impact ayant déjà eu lieu, un retour en arrière pour ces tissus est impossible. Pire, si ces rouleaux de tissu finissent par être jetés, il y aura un impact lié à sa destruction.

Donc pour nous, racheter ces rouleaux est la meilleure façon d’avoir une démarche environnementale des plus poussées.

Une fois ces rouleaux rachetés, il nous reste à imaginer nos modèles et faire confectionner nos vêtements. Nous nous rapprochons donc d’ateliers français, car pour nous,  il était compliqué de se revendiquer marque française tout en faisant confectionner dans un autre pays.

Fabriquer en France a un coût, mais un coût juste par rapport au coût de la vie dans notre pays.

Bien sûr il coûterait moins cher de faire confectionner nos vêtements à l’étranger, mais nous ne nous sommes jamais posé cette question car nous ne voulons pas profiter d’une main d’œuvre à bas coût, même si celle-ci peut-être considérée avec le plus grand respect.

La question était surtout : Pourquoi aller chercher ailleurs un savoir-faire que nous avons déjà ici ?

Justine : Depuis quand as-tu eu l’idée de ce projet ? 

Rémy : Le projet est né à l’été 2017, lorsque je suis revenu en région parisienne, après quelques mois passés en Savoie. J’ai discuté avec mon amie modéliste, nous avions tous les deux envie de créer une marque éthique. On ne savait pas par où commencer, car il fallait bien comprendre toutes les problématiques avant de se lancer.

Je suis le seul à temps plein, mais je suis entouré d’amis qui travaillent en tant que freelance sur la marque : Lou, qui est modéliste ; Sébastien, notre graphiste-designer ; Alfa, notre photographe de mode et Aurélien, notre développeur web.

Justine : Pourquoi t’es-tu lancé dans cette aventure ?

Rémy : Depuis mes études de développement durable, les idées se sont accumulées dans ma tête. Parmi celles-ci, j’avais envisagé une marque de vêtements qui ai du style et qui serait irréprochable en terme de démarche.

Depuis plusieurs années, j’étais conscient des effets dévastateurs de l’industrie textile. Je n’arrivais plus à acheter de vêtements neufs, à aller en boutique.

Dans les marques éthiques déjà existantes je ne trouvais pas mon bonheur, et je n’étais pas souvent très convaincu des démarches proposées dans leur globalité.

Pour moi il était compliqué de me lancer seul dans ce défi, car je ne connaissais pas du tout l’industrie textile. Pire, une partie de moi détestait (et déteste toujours) la mode et les codes qui sont véhiculés à travers elle.

Je me suis fais aider par mes amis qui ont des compétences très utiles pour la construction du projet et j’espère qu’ils travailleront bientôt pour la marque !

Justine : Quels sont les engagements portés par Ecclo ?

Rémy : Les engagements sont nombreux.

Le premier c’est l’honnêteté et la pédagogie. Donner toutes les clés aux gens pour qu’ils comprennent tous les enjeux du secteur de l’industrie textile et de la mode.

Les étapes sont nombreuses pour concevoir un vêtement, et à l’heure actuelle, on profite de la méconnaissance des gens en leur faisant croire qu’un vêtement en coton bio est un vêtement propre par exemple. On met un drapeau bleu blanc rouge sur un t-shirt en sous-entendant que le vêtement est français alors qu’au final, juste la sérigraphie a été faite ici. 

Si on ne s’intéresse pas de près aux marques qui communiquent dans ce sens, on pourrait croire que de nombreuses marques sont vertueuses. Il y en a de plus en plus qui ont une réelle démarche environnementale, mais ce ne sont pas forcément celles qui sont le plus mises en lumière.

Pour résoudre les problèmes de ce secteur, il est difficile d’y arriver d’un coup, mais il ne faut pas faire croire non plus qu’en faisant produire un t-shirt en coton bio au Bangladesh, on résout tous les problèmes. C’est mieux, mais en 2019, et compte tenu de l’urgence climatique et sociale, on peut faire plus.

Chez Ecclo, nous avons donc fait le choix de la transparence, de montrer à quoi correspondait le prix final de nos vêtements (rachat des rouleaux de tissu, confection, mercerie, transport, TVA, taxes…) afin que les gens comprennent pourquoi ils payent 35 € un t-shirt et 95€ un pantalon.

Pour proposer ces prix là, nous sommes obligés de réduire nos marges un maximum. Elles sont ridicules par rapport à celles pratiquées sans ce secteur. Sur le prix final, nous récupérons moins de 30%. Si nous passons par un revendeur, par exemple, la vente d’un vêtement ne nous rapporte rien.

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En ce qui concerne les produits, nous essayons de récupérer des rouleaux de bonne qualité. On s’est dit, tant qu’à faire de l’upcycling, autant s’intéresser aux rouleaux qui ont une belle histoire. Nous récupérons donc nos tissus auprès de tricoteurs, tisseurs et marques de vêtements françaises engagées.

La quasi totalité des tissus récupérés sont filés, teints et tissés en France. Nous avons même réussi à récupérer des rouleaux en coton bio et recyclés.

Tous ces détails sont précisés sur nos fiches produits et se retrouvent sur les étiquettes de nos vêtements, avec le nombre d’exemplaires produits.

Justine : Pourquoi ces engagements-là ?

Rémy : Pour moi il était évident d’avoir ces engagements-là.

Toutes les frustrations que j’avais en tant que consommateur vis à vis des marques de vêtements, je m’en suis servi pour construire les fondations de la marque.

Quand on est soi-même exigeant en tant que consommateur, on le devient naturellement quand on créé une entreprise.

Ma formation en développement durable m’a conforté dans l’idée qu’il était possible de créer un projet de façon responsable et avec le plus grand respect de l’environnement.

Et il est d’autant plus intelligent de le faire dès la création du projet, plutôt qu’après. Si on commence à se poser les questions plusieurs années après, il est difficile de rectifier le tir, car il faut repenser et déconstruire parfois, tout ce qui a été mis en place.

Justine : Comment vous assurez-vous que ces engagements sont respectés ?

Rémy : Ces engagements, c’est nous qui les mettons en place, donc il est beaucoup plus simple de les respecter.

Les rouleaux de tissu, nous les récupérons directement à la source. Donc nous avons toute la traçabilité du produit. Nous sommes en contact direct avec les producteurs de tissu. Nous nous déplaçons chez eux pour explorer et racheter les rouleaux.

Nous sommes également dans une démarche gagnant-gagnant. C’est à dire que nous leur proposons un prix de rachat de leur tissu, qui permet de valoriser leur travail et non pas juste de leur débarrasser de ce stock.

Concernant la confection des vêtements, nous travaillons avec des ateliers en France, donc nous allons plusieurs fois dans l’année les voir pour préparer en amont la confection, et la suivre jusqu’à la fin de la production.

Justine : Est-ce que tu peux nous en dire plus sur la manière dont sont fabriqués vos produits ?

Rémy : Nous ne partons pas d’envies, comme la plupart des marques de vêtements. C’est en explorant tous ces rouleaux de tissu inutilisés que vient l’inspiration.

On observe, on touche, et quand un tissu nous tape dans l’œil, on le sélectionne. On imagine ensuite quel vêtement on pourrait faire avec et on créé un prototype à partir d’un morceau du rouleau.

Une fois le prototype fait, on doit en faire le patron et travailler directement avec l’atelier de confection pour faire les réglages qui permettront de produire nos vêtements en série limitée. 

Quantité limitée puisque les rouleaux de tissu que nous récupérons ne sont pas volumineux. Le nombre d’exemplaires de chaque vêtement dépend donc de la quantité de tissu récupérée.

Justine : Et sur la manière dont vous sélectionnez vos fournisseurs ?

Rémy : Les fournisseurs de tissu sont sélectionnés en fonction de leur localisation. Nous nous intéressons à tous les rouleaux qui ont été produits sur notre territoire. Il n’y a pas des milliers de tisseurs et tricoteurs par exemple. Donc le choix des fournisseurs n’est pas si complexe que cela.

Nous choisissons en priorité les rouleaux de tissu, en coton bio ou recyclés si il y en a. Mais il ne faut pas s’arrêter à ce simple critère, car tous les rouleaux méritent d’être exploités.

On ne s’interdit pas non plus de racheter des rouleaux de tissu à des destockeurs. Dans ce cas, il est difficile d’avoir des informations sur la qualité, la composition et la traçabilité du produit, donc cela nous intéresse moins.

Concernant les ateliers de confection, nous les sélectionnons suivant leur localisation, c’est-à-dire au plus proche du lieu de récupération des rouleaux de tissu, quand ces confectionneurs sont qualifiés pour les types de vêtements que nous voulons faire.

Ce qu’il faut savoir, c’est que la plupart des ateliers de confection en France, comme ailleurs, sont spécialisés dans la maille ou dans le chaîne et trame, et des fois même par type de vêtement. Pour être sûr de la qualité finale de nos produits nous devons donc nous rapprocher d’ateliers spécialisés.

Justine : Vos plus belles réussites jusqu’à maintenant ?

Rémy : Difficile de répondre à cette question. Pour le moment c’est d’avoir réussi à créer une première collection à partir de ces rouleaux. Après, on a très peu parlé de style dans cette interview.

Les avis sur nos produits sont très bons depuis le début. Donc la réussite à l’heure actuelle c’est d’arriver à faire des vêtements qui plaisent, en ayant un impact minimum sur l’environnement.

Après la réussite sera totale quand le projet sera rentable. Cela ne sera possible qu’en vendant un peu plus de vêtements. L’objectif n’est pas de produire 100 000 vêtements par an, mais d’arriver à peu près à 5 000 par an pour commencer à être à l’équilibre.

Justine : Qu’est-ce que ce crowdfunding représente pour vous ? Qu’est-ce qu’il va vous apporter ?

Rémy : Cette campagne de financement participatif est un peu le vrai point de départ de la marque.

On a fait une soirée le lancement en mai 2018 pour présenter notre démarche et nos premiers vêtements à nos amis. Mais tout n’était pas encore prêt et il y avait encore beaucoup de choses à corriger et à construire.

Pour cette campagne nous voulons proposer plus de vêtements, de couleurs, et affirmer notre style urbain et casual.

Pour nous c’est une opportunité de faire connaître la marque à un cercle plus large. Cela va permettre aux gens de pré-commander et de notre côté, lancer la confection en fonction du nombre de commandes.

Nous avons racheté tous les rouleaux de tissu nécessaires pour cette nouvelle collection. Ne reste plus qu’à savoir combien faire d’exemplaires de chaque modèle et dans quelles tailles.

Justine : Et après, quels sont les plans ?

Rémy : Il y a beaucoup de choses que l’on veut développer. On voudrait pousser la démarche au maximum, donc tous les aspects que l’on peut améliorer, on va travailler dessus.

Mais on est déjà content de tout ce qui est déjà en place. Les étiquettes, les enveloppes d’envoi des vêtements, la mercerie, sont des choses, par exemple, auxquelles on a réfléchit à la création de la marque. Nous nous dirigeons donc déjà vers des fournisseurs français.

Pour les papiers de soie par exemple, qui entourent le vêtement dans l’enveloppe d’expédition du vêtement, nous nous sommes rapprochés d’une papeterie renommée en France. Nous leur avons demandé si ils n’avaient pas de papiers de soie avec un défaut, qu’ils ne pouvaient pas vendre. Ils nous ont dit que si, et du coup on leur rachète ces papiers de soie et on leur donne la vie qu’ils méritent, en protégeant nos vêtements lors de l’expédition.

Il y a de nombreux plans, et tout ne peut pas être dit ici mais on souhaite mettre en place le plus rapidement possible le rachat de nos propres vêtements. Si des gens constatent qu’ils ne portent plus un t-shirt ou une jupe de la marque, on aimerait leur proposer de leur racheter à un prix intéressant pour eux, pour ensuite le revendre d’occasion sur notre site.

Justine : Qu’est-ce que tu conseillerais à quelqu’un qui veut lancer sa marque dans la mode éthique ?

Rémy : Je luis conseille surtout de le faire pour de bonnes raisons, et pas seulement parce qu’il y a des opportunités à saisir.

A l’heure actuelle, ce ne sont pas forcément les marques les plus vertueuses qui s’en sortent le mieux. Beaucoup on du mal à se faire connaître et à vendre. D’autres, qui savent très bien utiliser les outils de communication, vendent beaucoup, sans forcément proposer une réelle alternative aux grandes marques.

Qu’il (ou elle), prenne le temps de bien comprendre cet univers, tous les enjeux, pour proposer quelque-chose d’original.

Il sera d’autant plus fier de son projet une fois qu’il l’aura mené à bout.

Justine : Merci beaucoup Rémy pour toutes ces informations !

Rendez-vous sur la page de crowdfunding pour les précommandes !

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