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La mode éthique et les vêtements en coton bio

Ecrit par 11 mars 2018 octobre 4th, 2018 2 commentaires

Fin 2017, Cash Investigation a dévoilé un excellent documentaire qui a fait du bruit.

Libre à chacun d’apprécier ou non les méthodes d’Elise Lucet et de son équipe, nous ne sommes pas ici pour juger. (Enfin, pas de jugement pas de jugement, personne ne dit ça quand j’hiberne sous une montagne de couvertures en hiver… Clairement deux poids deux mesures).

Bref, cette fois-là, en tout cas, leur enquête était fort intéressante.

Le thème de ce documentaire ? (Roulement de tambour, musique suspens et tout le tintouin…)

La culture du coton liée au secteur de la mode !

Non non, ne fuyez pas ! Je sais, dit comme ça, ça n’a pas l’air d’être le sujet le plus funky du monde. Pourtant on l’a mis en rouge, en gros et tout… Bon, laissez-moi une chance d’émoustiller votre intérêt. Vous pourrez me dire si ça a marché ou non en commentaire.

Je vous dirais bien « satisfait ou remboursé » mais vu que c’est un article gratuit… (ok c’était pas drôle, toutes mes excuses pour cette piètre tentative d’humour). Revenons-en à nos moutons – ou plutôt devrais-je dire à notre COTON ! (Non ? Toujours pas drôle ? Même pas un petit sourire ? D’accord, d’accord, j’arrête…).

Donc, le coton, c’est ça :

coton bio biologique

Ca donne envie hein ? Des petites boules toutes blanches, fluffy à souhait, méga douces… On aurait presque envie de se jeter dedans et faire l’ange comme à la neige (en vrai je déconseille, les tiges ça fait mal).

Quelques chiffres : chaque année, ce sont environ 25 millions de tonnes de coton qui sont produites. 25 millions de tonnes !! A titre de comparaison, ça fait à peu près 5 milliards tablettes de chocolat. (Je n’ai pas dit que ce serait une comparaison instructive, juste que ce serait une comparaison.)

coton bio

Bref, 25 millions de tonnes de coton produites chaque année, pour une industrie qui pèse 37 milliards d’euros, qui fait vivre 300 000 paysans dans le monde et génère au total 350 millions d’emplois.

Les deux plus gros producteurs de coton sont l’Inde et la Chine, et la grande majorité de la production est basée en Asie.

La culture du coton : très consommatrice en eau et en pesticides

Le coton est une plante très consommatrice en eau : il faut environ 5000 litres d’eau pour produire… 1 kilo de coton. Oui oui, UN KILO. Ça fait 125 douches. (Je ne vais pas oser le « j’imagine que je vous ai douchés avec ce chiffre », j’ai compris, je ne suis pas drôle aujourd’hui, toutes mes excuses).

Selon l’OMS, la culture du coton est également très consommatrice en pesticides : elle mobiliserait environ 10% des pesticides, alors qu’elle n’occupe que 3% des surfaces cultivées dans le monde. Il y a comme une petite anguille sous roche, vous ne trouvez pas ? (ou un baleineau sous le caillou, comme dirait mon ancienne coloc).

Toujours selon notre copine l’OMS, cela fait du coton l’une des industries les plus polluantes au monde. Surtout quand on sait que tout ce coton transformé en vêtement… finit bien souvent à la poubelle.

Relire notre article sur la fast fashion et le gaspillage dans la mode

 

Mais alors, que faire ?! Abandonner le coton ?! Non non non, loin de nous cette idée-là : le coton reste une matière naturelle, ce qui est plus sain d’un point de vue santé et environnemental que certaines matières synthétiques. 

Alors pas de panique, qui dit problème dit solution.

Le coton bio, un réel plus pour les agriculteurs et l’environnement ?

Et la voilà, la solution qu’on entend partout : le coton bio !!

TADAAAAAA !

Non ? Ça ne vous fait pas plus d’effet que ça ? Ok ok, on fait un petit récap.

Le terme bio se réfère à un mode de production qui interdit les produits chimiques, les OGM (organismes génétiquement modifiés) et limite l’usage de certains engrais et insecticides lors de la culture de la plante.

La culture de coton bio présente de nombreux avantages, pour les agriculteurs comme pour notre copine la terre :

  • Moins d’exposition des agriculteurs à des produits dangereux pour la santé, qui peuvent agresser la peau ou mener à des maladies graves (troubles respiratoires, cancers…)
  • Moins de pesticides qui tuent nos petits amis les insectes et qui polluent l’air que l’on respire
  • Plus de méthodes naturelles dans l’ensemble de la production, comme l’utilisation de compost en tant qu’engrais par exemple

coton bio

N’est-il pas mignon, ce petit poto insecte ?

Les vêtements en coton bio, un réel avantage… pour les consommateurs ?

On parle beaucoup des effets des aliments sur la santé, et les produits bio ont définitivement la côte parmi ce qu’on met dans nos assiettes, partant du principe que c’est « plus sain » .

coton bio

A table !

On commence également à faire plus attention aux cosmétiques que l’on utilise (sans paraben, sans perturbateurs endocriniens, sans silicone, sans nanoparticules…) et que l’on s’applique sur la peau, n’étant pas sûrs de ce qui pénètre ou non notre organisme.

« Vous reprendrez bien une dose de perturbateurs endocriniens ? C’est offert par la maison ! »

Et si c’était la même chose… pour nos vêtements ?

Après tout, ces bouts de tissus sont au contact direct de notre peau… à peu près 24h/24, en fait : pyjama, serviette de douche, gant de toilette, vêtements, sous-vêtements, chaussettes, chaussures, écharpes, gants, draps du lit…

Sans y penser, de manière totalement naturelle et habituelle, nous sommes en contact permanent avec des textiles… bourrés de produits qui sont nocifs pour la santé.

De nombreux cas d’allergies ou de mauvaises réactions ont été recensées, chez les petits comme chez les grands, au contact de certains vêtements, comme par exemple des réactions cutanées (irritations, rougeurs, boutons, démangeaisons…). Certains chercheurs commencent à s’intéresser aux liens entre tissus composant les sous-vêtements et infertilité.

Et ce n’est que le début.

A notre connaissance et au cours de nos recherches, nous n’avons pas été en mesure de trouver d’étude qui retranscrirait de manière exhaustive et certaine les effets des produits chimiques dans nos vêtements sur notre santé. 

N’hésitez pas à partager vos découvertes avec nous en commentaire, ou à nous contacter en privé. 

Mais si, en tant que consommateurs.trices, nous estimons que le bio trouve indéniablement sa place dans nos assiettes et dans notre trousse de toilette parce qu’il est meilleur pour notre santé, il se pourrait qu’il trouve également sa place dans nos placards. 

Quoi qu’il en soit, le bio trouve clairement sa place dans ce qu’on appelle la mode éthique.

Qu’en pensez-vous ?

Comment savoir si j’achète bien des vêtements en coton bio ?

« Ok, les vêtements en coton bio c’est trop bien, maintenant je vais acheter des t-shirts en coton bio et des culottes en coton bio et des pulls en coton bio et des robes en coton bio et des… mais concrètement, comment je fais ? Il y a trop d’informations contradictoires, que choisir, que faire ? Heeeeeeelp ! »

Pas de panique, on vous explique tout concernant les labels et le coton bio.

« Hein ? C’est quoi, un label ? »

Un label, c’est tout simplement une garantie sur un produit : c’est un organisme qui atteste qu’un produit respecte certaines conditions, après avoir effectué des contrôles.

Par exemple, les produits labellisés AB dans l’alimentaire, garantissent que les aliments sont bios ; les vins labellisés AOC garantissent un certain savoir-faire, etc.

Concrètement, cela se traduit par l’apposition du logo du label sur le produit concerné, après que le label ait effectué les vérifications nécessaires.

Paf ! Labellisé

Et il est là, tout l’enjeu : tous les labels n’ont pas les mêmes critères, et tous les labels n’effectuent pas les mêmes vérifications. 

Voici les trois labels principalement utilisés concernant le coton.

Dans un souci de respect des droits d’auteur, nous ne pouvons pas mettre de photos des logos de ces labels, mais nous vous invitons à les rechercher sur internet.

Le label GOTS, pour un coton sans pesticides

Créé en 2006, ce label est axé sur l’absence de pesticides et l’absence d’OGM. Il existe plusieurs niveaux de labellisation : le niveau le plus élevé garantit qu’ au moins 95% des fibres utilisées sont bio. Le label GOTS contrôle également les conditions de travail, et garantit le respect de conditions décentes.

Coton bio

Le label Oeko-Tex, pour un coton sain

Ce label est plutôt regardant sur la santé : il garantit l’absence de substances nocives et d’allergènes dans les vêtements. Tout comme le label GOTS, il existe plusieurs niveaux de labellisation avec différents niveaux d’exigence.

Pour éviter ça, en gros

C’est majoritairement la combinaison de ces deux labels qu’utilisent nos marques partenaires lorsqu’elles parlent de vêtements en coton bio sur L’étiquette, notre boutique en ligne de mode éthique.

Le label Max Havelaar, pour un coton équitable

Le label Max Havelaar est le plus connu (comme ça le nom ne dit rien, mais allez voir la photo, je suis sûre que vous l’avez déjà vu au moins sur des produits alimentaires).

Ce label garantit l’absence d’OGM, mais pas l’absence de pesticides. C’est un label qui insiste plutôt sur de bonnes conditions de travail et un salaire décent pour les producteurs.

Le coton BCI, Better Cotton Initiative, une fausse bonne idée ?

BCI, ça veut dire Better Cotton Initiative (qu’on pourrait traduire par initiative pour un meilleure coton, pour les non anglophones) : créé en 2010, ce label est de plus en plus affectionné par les grandes marques. On le voit partout, à vrai dire : H&M, C&A…

Dans le documentaire de Cash Investigation, les journalistes émettent d’ailleurs l’hypothèse que la production du coton bio a dégringolé à cause du coton BCI. « Mais, du coup, est-ce que le coton BCI c’est aussi bien que le coton bio ? Ils ont un logo vert, la production explose, de plus en plus de grandes marques l’utilisent, c’est que ça doit être bien, non ? »

Quand c’est écrit en vert, c’est forcément écolo non ?

Eh bien pas vraiment… Le label BCI autorise la plantation de coton OGM et l’utilisation de pesticides. De plus, les contrôles sont réalisés de manière beaucoup moins fréquente que le bio. Selon Cash Investigation, plusieurs dizaines de fermiers sont passés du coton bio au coton BCI, justement en raison de ces critères plus légers.

Le reportage pointe d’ailleurs le fait que, pour être labellisé BCI, le tissu produit n’a pas besoin d’être intégralement issu de coton BCI : il suffit que l’atelier de tissage passe régulièrement des commandes de coton BCI pour que tous les tissus sortant de l’atelier soient labellisés BCI… que le produit contienne 0% ou 100% de coton BCI.

Retrouvez l’intégrale du documentaire de Cash Investigation – Coton : l’envers de nos T-shirts.

Et vous, vous en pensez quoi du coton bio ? Venez nous le dire en commentaire !

2 commentaires

  • Nargiza dit :

    Nice article with an entertaining explanation. However, in the article, it is missing more details about the organic cotton cultivation, its economic consequences for the farmer and the reason of BCI why it is now allowing a « green » label for GMO and pesticide cultivated cotton. I see the huge problem between western perception and the real life in developing countries. I understand we want to be a « greener » these days to reduce our CO2 footprint and to have fair salaries somewhere there, to our friend farmers. But, the problem with cultivating an organic cotton is that it is barely not possible for the farmer who have been using the same method for over 20 years to suddenly start growing with a new method. So, imagine, someone comes to you and dictates to your life new rules that you must obey. Okay… I could exaggerate. But this what happens where most of the farmers do not know how to cultivate in an organic way. In addition to that, it takes time to adjust from one to another cultivation programme. In reality, farmers loose its production market and money. Of course, it is possible to reeducate the farmers that have been living with soil and nature more than us…What is lacking is money and low living facilities. There are a lot of problems regarding the cotton production. The most efficient way to reduce our footprint is to encourage our brands to start using different fibers and recycled materials such as rayon etc. And about BCI, I mean, I can also watch only a documentary movie and refer a quarter of my blog about the sinner BCI… The reason why BCI allows to its green label to include GMO and pesticide cultivated cotton is to defend the farmers right and ensure about the financial stability. From many experiences especially in African countries (I forgot the country names), they understood that BIO cotton do not really benefit the farmers. All in all, organic cotton is certainly one of the solutions to reduce CO2 footprint but it shouldn’t be forgotten the social part as well 🙂

    • Justine dit :

      Hi Nargiza, thank you for your comment 🙂 You are completely right about the social part regarding the farmers, this is something we are aware of and we are preparing an article 100% dedicated to it, because it is a very important topic as you said. I’m sorry we made it appear as if we were accusing the farmers, it was clearly not our intention, we met farmers in transition and we know how hard it is, economically and socially. However what we are denouncing here is not the farmers, that are doing a wonderful job, but the lack of help from governments, from labels, from companies to help the farmers in their transition. We’re not saying it is easy, but we want to be part of this change. And regarding the part where you feel we only watched « one documentary movie and refer a quarter of my blog about the sinner BCI », I’m very sorry you feel that way: we read tone of articles and watched other documentary movies about organic cotton and BCI, and we felt there was a need to explain to consumers, who can be mislead between all the labels, which one is doing what, allowing what and forbidding what. This is « a quarter of [our] blog » because it is a very new blog, we are doing the best we can do but it will take some time before we have more than 50 articles 🙂 there are tons of subjects we want to talk about, but there are only 24h in one day 🙂 I hope I answered your questions, feel free to contact us and thank you again for your interest in L’étiquette!

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